Capture de Nicolas Maduro: quand la force remplace le droit !

Quand la force remplace le droit

Ce que l’affaire Maduro dit de l’état du monde

L’enlèvement de Nicolás Maduro, président en exercice du Venezuela, par une opération américaine attribuée à l’administration Donald Trump, marque une rupture. Une rupture brutale, assumée, presque théâtrale, avec ce qui faisait encore tenir debout l’édifice déjà fragilisé du droit international. Car au-delà du sort d’un homme — contesté, autoritaire, honni par une partie de son peuple et de la communauté internationale — c’est une question autrement plus grave qui se pose : que reste-t-il de la règle commune quand la puissance décide de s’en affranchir ?

Le droit international existe encore. Mais il n’oblige plus les plus forts.

Sur le papier, les règles sont claires. La Charte des Nations unies interdit le recours à la force contre la souveraineté et l’intégrité territoriale d’un État. Le droit international protège les chefs d’État en exercice par le principe des immunités. Aucune démocratie, aussi convaincue soit-elle de sa supériorité morale, ne peut légalement envoyer des forces spéciales capturer un président étranger sur le sol de son pays sans mandat international ni consentement de l’État concerné.

Mais l’affaire Maduro révèle une vérité plus crue : le droit international n’est plus un garde-fou, il est devenu un langage. Un langage mobilisé par les uns pour justifier, par les autres pour dénoncer — mais rarement pour contraindre.

Ce que montre cette séquence, c’est moins la mort du droit que son asymétrie d’application. Les règles existent, les principes sont rappelés, les tribunes s’enflamment. Mais quand l’acteur en cause est la première puissance militaire mondiale, membre permanent du Conseil de sécurité, le droit se heurte à un mur : celui du rapport de forces.

Trump avait-il le droit ? Juridiquement, non. Politiquement, il l’a fait.

Aucune base solide en droit international ne permet de justifier l’arrestation d’un président élu en exercice par un État tiers. Ni la légitime défense, réservée à la réponse à une attaque armée. Ni la justice pénale internationale, qui ne fonctionne ni par commandos ni par faits accomplis. Ni la lutte contre le crime, qui suppose coopération judiciaire, extradition, procédures contradictoires.

En agissant ainsi, Trump ne s’est pas placé au-dessus du droit : il l’a contourné. Il a substitué à la règle commune une logique d’efficacité brute, fondée sur une certitude implicite : personne ne l’en empêchera.

C’est là que réside le cœur du malaise.  

Des “gendarmes du monde” aux va-t-en-guerre du monde

Pendant des décennies, les États-Unis se sont présentés — parfois à juste titre, souvent à tort — comme les garants d’un ordre international libéral. Cette posture était déjà contestée, mais elle s’appuyait sur un récit : celui de la protection des peuples, de la démocratie, des droits humains.

Avec l’affaire Maduro, ce récit se fissure. L’intervention n’est plus présentée comme un dernier recours multilatéral, mais comme une opération unilatérale de puissance, assumée comme telle. Le message envoyé au monde est glaçant par sa simplicité :

Quand nous jugeons qu’un dirigeant n’a plus de légitimité, nous pouvons agir.

Ce n’est plus du maintien de l’ordre international. C’est de la politique de la force, nue.

Un précédent dangereux pour le monde entier

La question n’est pas de savoir si Maduro méritait ou non d’être renversé. La question est : qui décide, et selon quelles règles ?

Car si un président américain peut faire enlever un chef d’État sud-américain sans résistance notable, qu’est-ce qui empêche demain une autre puissance d’agir de même ?
La Chine à Taïwan ?
La Russie ailleurs ?
D’autres régimes à l’encontre d’opposants réfugiés à l’étranger ?

Peut-on sérieusement imaginer une capture de Vladimir Poutine ? Non — pour des raisons militaires et nucléaires évidentes. Mais le précédent n’est pas opérationnel, il est normatif. Il dit : cela peut se faire. Et c’est précisément ce qui inquiète.

Washington – Caracas : rupture, chantage ou recomposition forcée

Les relations entre les États-Unis et le Venezuela entrent dans une zone grise.
Soit une escalade diplomatique durable, nourrie de sanctions, de dénonciations et de représailles indirectes.
Soit une recomposition cynique : reconnaissance d’un nouveau pouvoir, levée partielle de sanctions, retour du pétrole vénézuélien sur les marchés — au prix d’un silence gêné sur la méthode employée.

Dans les deux cas, la souveraineté vénézuélienne sort durablement affaiblie. Et avec elle, l’idée même qu’un État, fût-il dirigé par une “crapule”, reste maître de son destin politique.

La vraie crainte : un monde sans règles communes

Ce qui inquiète profondément dans l’attitude de Donald Trump, ce n’est pas seulement l’ingérence. C’est le mépris affiché pour l’idée même de limite. Non plus agir au nom d’un droit supérieur, mais au nom du bon vouloir des plus puissants. Non plus protéger les peuples, mais imposer un ordre conforme à ses intérêts, puis demander au monde de s’y adapter.

Quand la puissance balaie la souveraineté, quand le droit devient optionnel, ce ne sont jamais les tyrans seuls qui tombent. Ce sont les équilibres fragiles, les États faibles, les peuples pris en étau entre leurs dirigeants et les appétits des empires.

L’affaire Maduro ne dit pas seulement quelque chose de Trump.
Elle dit quelque chose de nous tous : sommes-nous encore capables de défendre des règles communes, même quand elles protègent ceux que nous n’aimons pas ?

Par Marc-Alexis Roquejoffre✍️