»Économie bleue et diplomatie culturelle, Cas de IShowSpeed au Bénin »: une réflexion du Dr Damien Ahouandokoun

ÉCONOMIE BLEUE ET DIPLOMATIE CULTURELLE

Comment les influenceurs et artistes internationaux redessinent l’attractivité touristique du Bénin
Cas de IShowSpeed

Analyse de Dr Damien Ahouandokoun
Juriste – Expert en économie maritime et portuaire
Spécialiste en aménagement portuaire et développement durable

Chercheur associé au CREMPOL

« Les nations qui réussiront au XXIᵉ siècle ne seront pas seulement celles qui possèdent des ressources, mais celles qui sauront transformer leur image, leur culture et leurs écosystèmes en valeur économique durable. »
John Naisbitt, futurologue

  • Cette affirmation résume avec pertinence le défi stratégique fondamental du Bénin :
    👉 passer d’un potentiel naturel, culturel et géographique reconnu à une valorisation économique structurée, mesurable et durable de ses mers, lacs, lagunes et fleuves.

     

    • Pourquoi un Ministère dédié à l’Économie Bleue au Bénin ?

    Une décision économique avant d’être administrative

    À l’échelle mondiale, l’économie bleue n’est plus un concept académique ni un simple discours environnemental. Elle est devenue un levier central de croissance, d’emplois, de devises et de rayonnement international.
    Dans ce contexte, la question n’est plus de savoir si le Bénin doit structurer son économie bleue, mais avec quel niveau d’ambition institutionnelle et de cohérence stratégique.

  • 🌍 Exemples internationaux : quand l’économie bleue devient une priorité politique

    Plusieurs États ont compris qu’une économie aussi transversale exige une gouvernance forte, centralisée et dédiée :

    • Seychelles : ministère de l’Économie Bleue depuis 2016, contribuant à plus de 20 % du PIB, basé sur tourisme, pêche durable et finance bleue.
    • Portugal : ministère de la Mer intégrant ports, tourisme côtier, innovation et énergies marines.
    • Maroc : gouvernance maritime articulant ports, littoral, pêche et emploi.
    • Indonésie : ministère de coordination des affaires maritimes, pilier de souveraineté et d’emplois.
    • Point commun : la centralisation de la gouvernance pour maximiser les retombées économiques, sociales et environnementales.

     

    1️⃣ Fragmentation institutionnelle : un coût économique invisible mais réel

    Au Bénin, les composantes de l’économie bleue demeurent éclatées entre plusieurs ministères : tourisme, pêche et aquaculture, transport maritime et portuaire, environnement, culture, jeunesse et emploi.

    Cette dispersion génère un coût structurel élevé :

    • duplication des politiques publiques,
    • faible coordination stratégique,
    • projets isolés à faible impact macroéconomique,
    • difficulté d’accès aux financements internationaux dédiés.
    • Selon la Banque mondiale, les pays dotés d’une gouvernance intégrée de l’économie bleue mobilisent jusqu’à 30 % de financements supplémentaires.
    • Un ministère dédié permettrait donc une rationalisation des politiques publiques et une optimisation des ressources financières.

     

     

2️⃣ L’économie bleue : un pilier encore sous-exploité du PIB national

Alors que certains secteurs traditionnels atteignent leurs limites, l’économie bleue offre un nouvel espace de croissance durable.

À l’échelle mondiale :

  • plus de 2 500 milliards USD/an,
  • plus de 350 millions d’emplois,
  • jusqu’à 20 % du PIB dans certains pays côtiers.

Pour le Bénin, elle couvre :

  • le littoral maritime,
  • les lacs et lagunes (Nokoué, Ahémé, Porto-Novo),
  • les fleuves, notamment l’Ouémé,
  • le tourisme côtier, lacustre et fluvial,
  • l’éco-tourisme communautaire,
  • la diplomatie culturelle et numérique.
  • Avec une stratégie intégrée, une contribution de 5 à 7 % du PIB national à l’horizon 2035 est réaliste, représentant des centaines de milliards de FCFA de valeur ajoutée annuelle.
  •  Tourisme, éco-tourisme et valorisation des eaux intérieures : un levier d’emplois et de devises

    L’économie bleue béninoise ne se limite pas à la mer. Elle repose aussi sur la valorisation intelligente des lacs, lagunes et fleuves, encore largement sous-exploités.

    Les opportunités incluent :

    • tourisme lacustre et fluvial (balades, croisières, hébergements écologiques),
    • circuits culturels et communautaires,
    • valorisation des savoir-faire traditionnels liés à l’eau.
    • Chaque site structuré devient :
      • un pôle d’emplois locaux,
      • une source de devises,
      • un outil de développement territorial inclusif.

       

      4️⃣ impact économique prévisionnel de l’économie bleue au Bénin

      Indicateur

      Estimation 2026-2036

      Hypothèses et détails

      Contribution au PIB

      5 à 7 %

      Littoral, lacs, lagunes et fleuves ; tourisme, pêche durable et éco-tourisme

      Emplois directs

      50 000 à 60 000

      Tourisme lacustre, fluvial et côtier, services portuaires, artisanat local

      Emplois indirects

      50 000 à 40 000

      Effets multiplicateurs : transport, restauration, hébergement, commerce local

      Recettes fiscales

      100 à 150 milliards FCFA/an

      Taxes sur services touristiques, droits portuaires, activités récréatives et artisanat culturel

      Devises étrangères

      200 à 300 millions USD/an

      Tourisme international et investissements étrangers

      Financements internationaux mobilisables

      +30 %

      Fonds bleus et fonds climatiques mobilisables grâce à gouvernance intégrée

      Zones bénéficiaires

      Littoral, lacs et fleuves

      Développement équilibré pour favoriser l’inclusion territoriale

      Jeunes impliqués

      >60 % population active bleue

      Formation et structuration des filières pour absorption massive de main-d’œuvre jeune

      Source :  Banque mondiale, The Blue Economy: Opportunities and Challenges, 2022
      En l’espèce ,la mise en place d’un Ministère dédié à l’Économie Bleue permettrait de convertir le potentiel naturel et culturel du Bénin en richesse économique réelle, emplois durables et souveraineté écologique, tout en optimisant les financements internationaux et en maximisant les retombées sociales.

       

      5️⃣ Visibilité numérique : transformer l’audience mondiale en valeur économique

      Au XXIᵉ siècle, l’attractivité touristique se construit aussi dans le numérique.
      L’exemple de IShowSpeed a démontré :

      • millions de vues en quelques heures,
      • audience mondiale jeune,
      • visibilité immédiate du territoire.

      À titre indicatif :

      • +10 % de notoriété touristique → +5 à 7 % d’arrivées,
      • dépense moyenne par touriste international : 700 à 1 000 USD/an.
      • Sans cadre institutionnel, cette visibilité se dissipe.
      • Avec un ministère dédié, elle se transforme en investissements, emplois, recettes fiscales et devises.

       

      6️⃣ Emploi des jeunes : le cœur de la stratégie bleue

      Avec plus de 60 % de jeunes, le Bénin a besoin de secteurs intensifs en emplois et non délocalisables.

      Estimations prudentes :

      • 1 emploi touristique direct → 1,5 à 2 emplois indirects,
      • éco-tourisme lacustre et fluvial → 3 à 5 emplois par site,
      • 50 000 à 100 000 emplois directs et indirects sur 10 ans.
      • Un ministère de l’Économie Bleue structurerait ces filières et ferait de la jeunesse un moteur de croissance verte.

       

      7️⃣ Environnement : de la contrainte à l’actif économique

      Sans gouvernance, la croissance détruit les écosystèmes.
      Avec gouvernance adaptée, elle les protège et les valorise.

      Un ministère dédié permettrait :

      • planification écologique intégrée,
      • accès aux fonds climat et fonds bleus,
      • gestion durable du littoral,
      • valorisation économique de la conservation.
      • La protection de l’environnement devient un investissement rentable.

       

      Créer un Ministère de l’Économie Bleue au Bénin :

      • ce n’est pas créer une administration supplémentaire,
      • c’est créer une capacité stratégique nouvelle.

      C’est :

      • transformer la visibilité en devises,
      • convertir les écosystèmes en emplois durables,
      • faire de la jeunesse un acteur économique,
      • renforcer la souveraineté écologique,
      • positionner durablement le Bénin sur l’échiquier régional et international.
      • Les pays qui ont structuré leur économie bleue gouvernent aujourd’hui leur avenir.
        👉 Ceux qui tardent le subiront demain.

      Dr Damien Ahouandokoun
      Juriste – Expert en économie maritime et portuaire
      Spécialiste en aménagement portuaire et développement durable

      Chercheur associé au CREMPOL