
À Madrid, Kylian Mbappé s’est livré dans un entretien exclusif à RFI. Le Français, lancé dans la course au Ballon d’Or, revendique son âme de compétiteur, assume ses déclarations choc, rend hommage à Didier Deschamps, se projette avec Zinedine Zidane. Dans cet entretien, le capitaine de l’équipe de France raconte la force de ses racines algériennes et camerounaises, et espère le soutien du continent africain dans sa course au Ballon d’Or.
RFI: Kylian Mbappé, le 16 octobre prochain, le Ballon d’Or sera décerné au meilleur joueur de la saison. Remporter ce trophée est-il une obsession pour vous ?
Kylian Mbappé: Non, non, non. Je pense que c’est un objectif pour n’importe quel joueur, pour n’importe quel compétiteur. Mais une obsession, non, je ne pense pas.
Vous êtes en campagne, pourquoi estimez-vous que cette année peut être la bonne ?
Parce que j’ai fait une bonne année. J’ai eu une grande année au niveau individuel, je sais que c’est le critère le plus important pour le Ballon d’Or. J’ai été meilleur buteur de toutes les plus grandes compétitions, et je pense que ça peut être une bonne année pour moi. Je le sens bien.

Pourtant, la compétition semble plus ouverte que jamais cette année.
Oui, c’est ce qui se dit. Je ne connais pas toute l’histoire du Ballon d’Or, mais c’est vrai qu’on parle beaucoup d’une lutte ouverte. C’est plaisant à voir, plaisant d’y participer et je pense que ça divertit aussi les gens.
Vous seriez déçu si cette année n’était pas la bonne ?
Bien sûr, bien sûr. Comme je l’ai dit, un compétiteur est toujours déçu quand il ne gagne pas. À partir de ce moment-là, je pense que c’est mon âme de compétiteur qui sera touchée. Mais après, on verra comment ça va se passer.
On vous entend et on vous voit beaucoup faire campagne avec des déclarations fortes, comme « J’ai toujours été l’élu », ou « Il n’y a eu personne de meilleur que moi la saison dernière ». Comprenez-vous que cela puisse choquer certains en France ?
Oui, bien sûr. Après, en France, il y a beaucoup de choses qui choquent, je n’ai pas de problème avec ça. Je n’ai jamais voulu faire l’unanimité, car ce n’est pas possible. Mais je n’arrive pas à être quelqu’un d’autre. Je ne vais pas essayer d’apprendre à l’être. J’essaie d’être moi, avec mes qualités et mes défauts, avec mes conquêtes et mes échecs. Et j’avance comme ça.
Revenons à la chasse au Ballon d’Or. La Coupe du monde a été une réussite individuelle, mais un peu décevante collectivement. Comment l’avez-vous digérée ?

Je ne dirais pas décevante. Quand vous ne gagnez pas, vous êtes toujours déçu. Mais je pense qu’on a donné une bonne image de notre pays. On était une équipe agréable à voir jouer et les Français ont pris beaucoup de plaisir à nous regarder, le monde entier a pris du plaisir à nous voir jouer. Après, il n’y a qu’une seule équipe qui gagne. On a essayé de donner le meilleur de nous-mêmes, mais ce n’est pas passé cette fois-ci, on devra retenter notre chance.
Sur le plan individuel, vous êtes le meilleur buteur de l’histoire de la Coupe du monde, devant Messi, et vous avez encore une ou deux Coupes du monde devant vous…
Je ne sais pas (rires). Mais c’est clair que c’est quelque chose d’incroyable d’avoir cette sensation. C’est quelque chose que je ne réalisais pas forcément, quand vous êtes dans le feu de l’action, vous voulez simplement aller vers le prochain objectif, le prochain match, marquer le prochain but. Mais c’est vrai que quand j’étais en vacances, tout le monde ne m’a parlé que de ça, d’être le meilleur buteur de l’histoire de la Coupe du monde. Tu réalises à quel point la Coupe du monde est importante. C’est la plus grande compétition de sport, et ça marque les gens.
C’est un record important dans la quête du Ballon d’Or, une récompense individuelle.
Oui, je pense. Au Ballon d’Or, ils n’annonceront pas une équipe dans l’enveloppe, mais un joueur. Donc c’est un trophée individuel, et je pense que c’est ça qui doit primer sur tout. Après, bien sûr, il ne faut pas effacer tout le reste, mais la capacité à être performant individuellement et à brûler la rétine, c’est ce qui marque les gens pour un trophée comme celui-là.
Il ne faut pas effacer Didier Deschamps qui a marqué l’histoire de l’équipe de France pendant 14 ans avec une réussite exceptionnelle…
(il coupe) Impossible !
… mais vous allez maintenant découvrir un nouveau sélectionneur, Zinédine Zidane, pour un premier match contre la Turquie. Êtes-vous impatient de retrouver les Bleus dans cette nouvelle configuration ?
Bien sûr. Déjà, il faut rendre à César ce qui appartient à César : ce qu’a fait Didier Deschamps avec l’équipe de France est incroyable. Il a marqué l’histoire et remis l’équipe de France à la place où elle doit être. Pour ça, on lui sera toujours reconnaissant. Maintenant, c’est une nouvelle étape avec un nouveau coach. On va voir comment ça va se passer. C’est toujours pareil quand c’est un début, c’est nouveau, on va devoir prendre nos marques. On va tout de suite être mis dans le bain et recommencer à gagner, car c’est ce que les gens attendent de nous.
Avez-vous déjà échangé avec Zinédine Zidane depuis ses nouvelles fonctions ?
Non, je vais attendre de le voir à Clairefontaine. Je pense qu’il n’y a pas mieux que de le voir au château. Après, on est dans la même ville (à Madrid, NDLR), on s’est croisés plusieurs fois, et on se connaissait déjà avant. Mais j’attends vraiment d’arriver à Clairefontaine pour vraiment savoir ce qu’il attend de nous en tant qu’équipe et de moi en tant que joueur et on verra comment ça va se passer.
Avec José Mourinho comme entraîneur au Real Madrid, cette rentrée est décidément marquée par des nouveautés pour vous. Un personnage comme lui, c’est quelqu’un que vous aviez envie de croiser en tant que joueur ?
Oui, bien sûr. C’est quelqu’un que j’ai toujours voulu avoir comme entraîneur. Il a toujours éveillé ma curiosité. C’est un homme extrêmement intelligent, qui sait très bien ce qu’il doit faire. C’est un leader, et comme entraîneur, c’est l’un des meilleurs de l’ère moderne du football. Donc c’est toujours un plaisir d’apprendre et d’être au quotidien avec des gens de cette envergure.
Tout va bien, alors ?
Oui, tout va bien. Il y a pire dans la vie (rires).

Parlons de l’Afrique. On le sait, votre maman est d’origine algérienne, votre papa d’origine camerounaise, ces racines, ces origines sont importantes pour vous. Comment les vivez-vous ?
Oui, ce sont mes origines. J’ai toujours reçu une éducation avec une culture africaine, même si je suis né en France et que j’y ai tout fait. Je n’ai jamais coupé le lien avec mes racines et mes origines. Je pense que c’est important, car ça fait partie de la personne que vous êtes et des valeurs qu’on vous inculque. Je suis retourné au Cameroun il n’y a pas longtemps. J’y allais quand j’étais petit, et c’était un super moment. À chaque fois que je vais en Afrique, je suis toujours extrêmement bien reçu. Je ressens l’amour des gens, et c’est vraiment gratifiant de sentir le soutien de tout un continent.
